1 - Projet
Ce blog est destiné à rendre compte de la rando-vélo que j'ai effectuée en début d'année 2015 en Patagonie, depuis la ville de San Carlos de Bariloche jusqu'à Ushuaia (Ouchouaya semble-t-il à l'origine et puis ça fait moins TF1!). Les deux villes se trouvent en Argentine mais une bonne partie de l'itinéraire se déroulera au Chili également. Cet itinéraire (2600 km environ) est le suivant:
Le trajet que j'aurai réellement pédalé, légèrement différent, figure en fin de blog.
Comme il y a peu de routes, notre cheminement était assez facile à définir pour une période d'environ deux mois à pédaler. C'est même devenu un classique de la randonnée vélo, ce qui n'enlève rien à son caractère grandiose et isolé.Grâce au Meetic (!) des rando-cyclistes - à savoir le forum de l'association Cyclo-Camping-International - nous avons pu monter une équipe de 4 gaillards (Jean-Paul de Saint-Maur, l'initiateur du projet, Domnin du Mans et Paul de Bourg d'Oisans), prêts à en découdre dans les paysages sublimes du Sud de l'Amérique du Sud, sur des routes/pistes incertaines, sous la pluie et le soleil de l'été austral, dans le vents des quarantièmes rugissants.
Le blog n'a pas être maintenu au jour le jour, souvent par manque de connexion wifi, combiné au manque de temps (plus une compétence informatique plutôt limitée de l'auteur à l'époque!). Ceci est une version revue et corrigée en 2023.
Matériel
Le vélo, acheté chez rando-cycle porte de Vincennes, est de marque américaine Surly et, tout équipé comme dans la photo ci-dessous, pèse environ 15 kg.
Il est prévu que le poids de la monture monte à 45 kg lorsqu'il sera alourdi par les 8 bagages destinés à assurer notre autonomie. J'ai passé beaucoup de temps à alléger cette charge qui me parait énorme. Mais force est de constater que tout gain de poids - il y en eut beaucoup - a rapidement été compensé par des rajouts. Voilà l'aspect que prend mon cheval de fer en pleine charge.
Quant à diminuer le poids du cavalier - le plus important - ce fut une belle utopie de penser arriver là-bas en condition physique exemplaire alors que nous allons partir juste après les fêtes de Noël et du Jour de l'An. L'adaptation sur place y palliera.
2 - Buenos Aires et le transfert à San Carlos de Bariloche
Visiter Buenos Aires en à peine plus de 24 heures est un défi que nous n'avons pas voulu relever. Basta les musées, les parcs, les monuments historiques. Et puis, souvent, très souvent, la conversation revient sur les la tragédie Charlie hebdo qui s'est déroulée très précisément durant notre vol à Buenos Aires: voir en toute fin de blog.
- le premier soir, sur les conseils d'un ami de Jean-Paul, nous avons pu nous rendre compte de ce que veut dire faire un repas à base viande en Argentine. La demi-portion d'asado représente pas moins du double de nos entrecôtes européennes. Et en plus c'est délicieux et dans un décors agréable,
- la place de Mai, pour son histoire: c'est là que chaque jeudi les veuves et les mères des personnes disparues pendant la dictature des années soixante dix viennent manifester pour lutter contre l'oubli.
- la balade à pied en partant de notre hôtel jusqu'au quartier de la Boca : environ 8 km sous une belle chaleur d'été et qui a permis dans un premier temps d'effleurer un quartier d'affaires bien moderne avant de s'enfoncer dans le quartier le plus ancien de la ville. Quand on s'approche du quartier touristique on passe par le stade de foot de Boca Junior, le stade mythique d'el Pibe de Oro, Diego Maradona,
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| Stade Boca Junior |
- la fameuse rue Caminita, très belle en valeur absolue et cependant un peu abîmée, il fallait s'y attendre, par de trop nombreux touristes dont certains s'essayent à quelques pas de tango. Ambiance néanmoins bon enfant,
- comme souvent, juste à coté des endroits très animés on peut trouver des endroits nettement plus authentiques,
- pour finir, le retour à l'aéroport international d'Ezeize s'effectue sous un déluge d'orage impressionnant,
- autres photos de Buenos Aires:
Bariloche
Après un vol sans histoire jusque San Carlos de Bariloche nous voilà, trop contents, en train de remonter les vélos. Pas de casse après tant de transports depuis Paris. Après 2 h de dur labeur, c'est plein d'ardeur - et de joie, enfin - que nous pédalons nos premier kilomètres - tout juste 15 - jusqu'au centre ville. La charge est lourde - les 45 kg prévus sur la papier sont bien là! - et le vent de face bien fort mais les gamins sont contents! Nous retrouvons Paul déjà sur place depuis quelques temps.
Le lendemain, balade d'entrainement et de vérification de la bonne marche du matériel de 60 km environ autour du lac de Bariloche, le lago Nahuel Huapi. Derniers achats.
Distance: 62 km - Dénivelé positif: 859 m
3 - Les six premières étapes jusque Futaleufu
Distance: 378 km - Dénivelé positif: 4501 m,
12 au 17 Février 2015
Etape 1: 82 km - Dénivelé positif: 977 m - camping
Etape 2: 60 km - Dénivelé positif: 724 m - étape à El Bolson
Etape 3: 77 km - Dénivelé positif: 949 m - camping
Etape 4: 44 km - Dénivelé positif: 636 m - camping
Etape 5: 66 km - Dénivelé positif: 893 m - étape à Trevelin
Etape 6: 49 km - Dénivelé positif: 322 m - arrivée à Futaleufu
Comme je le craignais il me fut bien difficile de tenir un blog au jour le jour pendant un tel voyage vélo. Il y a déjà la fatigue le soir qui permet rarement de trouver l'énergie suffisante, et en plus il faut trouver la connexion wifi, rare et rarement de qualité en Argentine, bien meilleure au Chili. Il faut donc attendre les conditions favorables d'un jour de repos dans une ville suffisamment importante pour avoir une connexion forte et stable.
C'est le cas ici à Futaleufu - comme ça se prononce! - importante station de rafting, au Chili, 9 km après avoir traversé la frontière avec l'Argentine, après 6 jours de rando.
Et d'abord le grand départ devant l' hôtel Tierra de Fuego à Bariloche.
Nous avons donc roulé 6 jours soit environ 380 km et 4500 m de dénivelé positif.
Principales étapes depuis San Carlos de Bariloche: camping à Kaleuche del Manso, camping à El Bolson, ville écologique et anti-nuclaire mais un peu décevante car trop touristique, camping à Cholila, cette fois pas assez touristique! (difficile d'y trouver de la bière), camping aménagé dans le parc National Los Alerces, appartement à Trevelin et enfin hôtel à Futaleufu.
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| Camping à Kaleuche del Manso |
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Camping à El Bolson
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| Camping sommaire à Cholila |
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| Camping dans le parc Los Alerces |
Types de routes
Il y en a de deux types bien différents:
- Les routes goudronnées - asphalto - qui sont aussi belles et roulantes que par exemple celles de la Suisse, pour placer la barre très haut. Rien à redire et plaisir maximum d'y pédaler. Panneaux signalétiques très explicites.
Et il y le terrible " Ripio" qui désigne ces routes, souvent larges, qui laissent apparaitre rocs et rochers. Pour aplanir un peu, ont été ajoutés graviers et sable!! Mes pneus, sans doute pas assez larges - 32 au lieu des 35 recommandés, voire beaucoup plus - souffrent. Les machines souffrent - les boulons se desserrent. Les hommes souffrent, du dos, du cou et de tout ce qui est malmené. Les bagages souffrent: sacoches abîmées, sac de voyage déchiré, boulons resserrés. La vigilance doit être de chaque seconde au risque de glissade plus ou moins rattrapable. Bref, dur et compter 10 km par heure - au lieu de 20 - sur du plat sans vent. Pour les étapes à venir au Chili quand nous aurons rejoint la Carretera Austral, on nous prédit de l'asphalto (un peu), du ripio (beaucoup) mais aussi des passages pour lesquels la route est en construction et serait impraticable de 11h à 17h. Vamos a ver!
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| C'est parti pour du ripio |
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| Ripio standard |
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| Le bord paraît plus lisse mais est sablonneux |
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| Heureusement c'est beau |
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| Redémarrage prudent en Ripio |
Saison, géolocalisation et météo
Rappel: on est en hémisphère Sud, donc en été, l'équivalent de "juillet-août" de l'Europe du Nord. C'est donc une période de pleine grandes vacances, avec beaucoup de tourisme local et nous aurons plusieurs fois du mal à nous loger.
Bariloche est au 42ème parallèle Sud, soit l'équivalent du Nord de l'Espagne. Ushuaia est quant à elle au niveau du 53ème parallèle, soit Manchester par exemple en Angleterre. La fin du monde du Sud est donc bien plus "haute" que la fin du monde du Nord: le cap Nord est à plus de 70 degrés. D'autres raisons sont à l'origine du climat difficile de la région (péninsule, courants froids...)
Nous allons débuter au Nord du Sud du continent. L'allongement de la durée du jour au fur et à mesure que nous allons descendre au Sud sera en fait compensée par le raccourcissement naturel de la durée du jour, depuis le 21 Décembre dans cet hémisphère. En gros le jour sera de 6h à 21h.
Au départ de Bariloche, on a un peu souffert de chaleur la journée et de nuits fraîches, quelques degrés dans la tente le matin. En journée, avec le trou d' ozone qui sévit dans les parages, il s'agit de se bien badigeonner de crème anti-UV. Depuis qu' on se rapproche du Chili la température a un peu baissé et les nuages sont plus abondants et couvrent les sommets.
Villes et villages
En Argentine, villes et villages sont généralement organisés en cuadras à l'américaine et n'ont donc pas un cachet exceptionnel. Il y a souvent une grande place circulaire mais pas du tout dans le style des plaza de armas des villages du Pérou par exemple. Il en sera de même au Chili.
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| Futaleufu |
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Futaleufu
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| Villa Cerro Castillo |
Paysages
Sont des paysages de montagne, il est vrai assez proches de ceux que l'on trouve en Suisse, comme nous le serinent à longueur de pages les guides. Il y donc des arbres verts au bord de lacs bleus. Et bien sûr des montagnes au dessus parfois blanches.
Mais la végétation est souvent très spécifique, l'eau est d'un bleu profond incomparable, les rivières larges et puissantes et ce déjà ici, dans le Nord du Sud, avant les grands glaciers. Certaines montagnes présentent au loin des beaux glaciers, malgré leur modeste altitude (pour les Andes): moins de 3000 m. Des reliefs sont très acérés à coté de massifs plus débonnaires. Donc de nombreuses occasions de se délecter l'œil.
Paysages montagneux
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Faces dolomitiques à El Bolson
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Paysages de lacs et rivières
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Le parc Los Alerces
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Il ne faut pas non plus oublier de décrire une sorte de pampa d'altitude, vers 800 m, aux horizons très vastes et donnant dans le lointain accès aux pics enneigés.
Faune et flore
La végétation est extrêmement riche dans les vallées, nettement plus clairsemée sur les plateaux.
Fruits et légumes sont abondants dans les commerces. Pommes, oranges, petites cerises bien sucrées, bananes.
Les arbres les plus typiques sont les alerces, qui comme les sequoias peuvent être très âgés et pourraient avoir beaucoup de choses à raconter. Sans oublier les magnifiques araucarias.
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| Alerces |
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| Araucarias à Futalaufquen |
Le parc national de Los Alerces tire son nom de cette espèce végétale.
Des oiseaux, pas bien identifiés, de la taille de gros pigeons mais sûrement en période de rut peuvent par leurs cris suraigus provoquer des réveils nocturnes peu appréciés!
D'autres, au bec courbe et pointu, plus calmes doivent, avec un tel appendice, s'employer pour boire! Plus rarement on peut croiser des nandous, petites autruches d'Amérique du Sud.
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| Nandous |
Rencontres
Rencontres avec de très nombreux cyclo-randonneurs. Ce trajet, difficile entre tous - vent, pluie et ripio au dessert - semble attirer toute la gente cycliste du monde. 2 couples de français en tandem, un colombien déjà bien loin de chez lui, mais que dire du japonais qui fait l'aller retour Nord Sud du continent... Il y en aura bien d'autres: voir en fin de blog.
L'accueil
Est très bon. Mais je pondère par le fait que nous sommes en pleine saison touristique et qu'il y a comme partout des problèmes liés au très grand nombre. Beaucoup de sympathie pour notre hôtelier, à Futulaufu, qui parle bien le français car il a séjourné en France pendant les années de plomb de son pays...
S' arrêter remplir sa gourde dans une petite maison au bord de la route et qui vend son propre artisanat, se révèle comme toujours une formidable expérience, assez authentique.
Autres informations.
Départ de sentier: On ne risque pas de se perdre avec de telles indications:
Vendeur de charcuterie ambulant
4 - De Futaleufu à Coyhaique en 7 jours
19 au 25 Janvier 2015
Etape 7: 64 km - Dénivelé positif: 965 m
Etapes 8 et 9: 126 km - Dénivelé positif: 2050 m - étape à Puyuhuapi
Etapes 10 et 11: 90 km - Dénivelé positif: 1737 m - étape à Villa Amengual
Etape 12: 59.5 km - Dénivelé positif: 620 m - étape à Villa Manihuales
Etape 13: 92 km - Dénivelé positif: 1225 m - étape et repos à Coyhaique
Cette deuxième partie s'est déroulée entièrement au Chili sur 7 étapes, parfois faciles, parfois difficiles, parfois dantesques.
Plein Ouest d'abord depuis Futaleufu sur du ripio jusqu'à rejoindre, à Villa Santa-Lucia, la fameuse Carretera Austral, la nationale 7 du pays, qui de fait est la continuation, jusqu'à sa fin, de la route Panaméricaine qui démarre en Alaska!!. De Villa Santa Lucia nous la suivrons plein Sud jusque Coyhaique puis plus tard jusqu'à son terme à villa O'Higgins.
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Jonction avec la Carretera Austral
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La rando démarre par 2 campings sauvages: le premier au bord du Lago Yelcho, peu avant de rejoindre la Carretera Austral, camping de toute beauté.
Et le second, le long de la Carretera Austral, peu avant la vile de La Junta: il y a là un petit hameau accueillant, une grande rivière, le rio Palena, pour se laver et une belle pelouse pour camper.
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| Petit hameau |
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| Rio Palena |
Après l'étape de Puyuhuapi, cette fois à l'hôtel pour moi, nous camperons à nouveau, dans les installations du Parc national Queulat, au pied du glacier Ventisquero Colgante.
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Camping au Ventisquero
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Dans cette partie de l'itinéraire la route proposée sera:
- l'asphalto: comme en Argentine beaucoup de plaisir à y randonner dans les innombrables montagnes russes qui suivent les cours d'eau, y compris sous la pluie. Il est généralement très récent et en excellent état.
- Le ripio " standard" souvent pas trop mauvais bougre à rouler dessus mais toujours fatal à la moindre inattention, 3 petites chutes pour ma part. Il est le symbole le plus marquant de ces routes argentines et chiliennes de cette région. Quand on y galère dans ses rayures infernales on le maudit; et on espère que le goudron l'aura remplacé rapidement, en 2017 me dit-on pour la partie de Futaleufu à Villa Santa Lucia. A raison de 100 km par an, le ripio a néanmoins de beaux jours devant lui. Mais on pense aussi au tour de l'Annapurna, qui n'est plus que l'ombre de lui même depuis l'arrivée des routes.
Alors, on le prend comme il est, et puis il donne des rendus de paysage de cyclotourisme incomparables.
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| Là ça craint, attention aux bas côtés |
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| Très dur mais quelle belle ambiance |
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| Bas côté à ne pas fréquenter |
- Sans oublier, encore pire, les parties en travaux d'amélioration, qui ont parfois frôlé la folie ou l'enfer, j'y reviendrai.
Les principales villes - très petites - qui ont jalonné ce parcours sont : Puerto Ramirez, Villa Santa-Lucia, La Junta, Puyuhuapi, Villa Amengual et Villa Manihuales. Coyhaique, la capitale régionale - région de Aysen - est peuplée quant à elle de 40000 habitants.
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| A Puerto Ramirez |
Montagnes
Dès le départ de Futaleufu, le paysage a pris beaucoup d'ampleur et la plupart du temps, le cheminement s'est déroulé avec vue sur des sommet enneigés de part et d'autre du corridor andin que nous avons suivi.
Momentanément, sur les 100 derniers km avant Coyhaique, la neige a disparu, laissant place à des vallées assez larges, par ailleurs pourvues d'une grande richesse végétale.
Le déboisement est minimal, juste ce qu'il faut pour quelques fermes d'élevage de-ci, de-là. Les flancs des montagnes sont entièrement boisés, y compris les crêtes, ce qui est plus inhabituel. Comme tout semble extrêmement surveillé écologiquement parlant au Chili, j'en suis à me demander si ce pays pourrait remplacer le Brésil comme poumon de la terre! Mais il faudrait faire des calculs de surface précis. Il reste néanmoins beaucoup d'arbres morts dont on n'a pas réussi à comprendre l'origine (restes de feux sûrement volontaires ou pas - orages).NB: j'ai su plus tard que le Chili est un pays qui, au moment de la colonisation a subi une très large déforestation, comme quoi...
Souvent dans les prairies on voit des arbres morts: abattus pour faire du pâturage ils n'ont pas été enlevés.
Et je sais aussi que plus au Sud les colons européens ont beaucoup détruit de forêts pour en chasser les autochtones dont les feux, maîtrisés - ceux qui ont donné le nom de la Terre de Feu - étaient l'un des moyens de leur survie.
Quant à l'eau elle est partout sous toutes ses formes: sous forme de glace, (assez peu pour le moment) un peu sous forme de rivières (somptueuses, puissantes et aux couleurs multiples), et aussi sous forme de pluie: un peu mais pas beaucoup: rappelons que nous sommes dans un des endroits les plus arrosés de la terre, jusqu'à 6 m de précipitations! Ça va venir, indubitablement et renforcer la difficulté de la balade, à n'en pas douter. Restons sereins.
Sans oublier le bras de mer de l'Océan Pacifique qui baigne le village de Puyuhuapi.
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| Bras de mer à Puyuhuapi |
Nous avons cheminé avec d'assez nombreux vélo-routards, très généralement engagés sur des périples au long cours - 6 à 8 mois. Bien sûr plus de facilités de communication avec les français, comme Charlotte et Aurélien, Fanny et Tancrède.
Avec ces derniers, nous nous sommes octroyés une escapade de toute beauté dans le parc national de Queulat: 2 heures de vélo seulement ce jour-là, montage de la tente et randonnée à pied l'après-midi pour tenter - et réussir - d'apercevoir la chute de glacier suspendu du Ventisquero Colgante. Même si on est promis à voir plus grandiose, cette première expérience fût une réussite complète, avec un dîner autour du feu de bois des plus sympa.
Le bout de glacier que nous venons d'observer n'est que le déversoir d'une déjà grosse calotte glacière, certes de dimension plus modeste que les Campo Hielo Norte et Sur, que nous côtoierons plus tard.
La photo du Parc de Queulat, prise dans un petit éco-musée très bien fait, donne déjà une bonne idée de l'échelle. En bas de la photo, la route sinueuse que nous allons suivre après cette escapade.
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| Le ventisquero Colgante |
Route en travaux
Quelques mots sur l'enfer évoqué plus haut: normalement la Carretera Austral est fermée durant 5h l'après-midi , de 13 à 17h pendant les travaux destinés à l'élargir et la goudronner.
Quand c'est possible, c'est à dire quand il n'y a pas de tirs de mines, par exemple, les chefs de chantier laissent passer les vélos, dont c'est l'heure d'affluence, à leurs risques et périls. Ce fût une expérience humaine intéressante à partager avec les acteurs du chantier mais au combien éprouvante: route défoncée, passages humides dans une sorte de fange, ripio avec des gros cailloux où il est impossible de rouler, même à la descente - en quelque sorte l'humiliation suprême pour un cycliste! Un grand col devait absolument être passé avant 13h, et malgré la beauté du paysage, il a fallu tout donner pour passer dans les délais et pour finir descendre ce col en partie à pied... Grrr.
Travaux avant Puyuhuapi
Travaux après Puyuhuapi
Après la passage des travaux, nous longeons pendant qq km la rive sud du golfe de Puyuhuapi avant d' attaquer un vrai beau col bien raide, en ripio et sous la chaleur mais dans un paysage tropicalo-montagneux magnifique.
Domnin n'a pas son pareil pour s'attirer la sympathie des habitants à qui par exemple on va demander un peu d'eau, avec au final proposition de maté et photo dans le jardin.
Autres photos
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| Araucaria, détail |
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Hôtelier de Futaleufu
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Une belle propriété isolée
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Cultures
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| Rivière, montagne, ripio, verdure: le Rio Palena |
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| Y a bon colon, confiture de lait de vache |
5 - De Coyhaique à El Chalten
Il y aura en fait 3 parties dans cette grosse étape:
- une qui s'achève à Cochrane, sous un grand beau temps,
- une seconde partie jusqu'à Villa O' Higgins, fin de la Carretera Austral,
- et enfin le passage clef du retour en Argentine via un "chemin" épique jusqu'au lago del Desierto et de là à El Chalten au pied du géant Fitz Roy.
PREMIÈRE PARTIE : de Coyhaique à Cochrane
Distance: 340 km - Dénivelé positif: 4308 m
28 Janvier au 1 Février 2015
Etape 14: 91 km - Dénivelé positif: 1605 m - étape à Villa Cerro Castillo
Etape 15 et 16: 127 km - Dénivelé positif: 1785 m - étape à Puerto Rio Tranquillo
Etape 17: 50.5 km - Dénivelé positif: 953 m - étape camping chez Filomena
Etape 18: 64 km - Dénivelé positif: 1168 m - étape à Cochrane
Je vais garder des superlatifs pour plus tard, mais il est vrai que les 340 km que nous venons d'effectuer de Coyhaique à Cochrane ont sensiblement augmenté le niveau de superbe, de grandiose et de beauté.
Résumons dans le détail le cheminement:
J1: après le repos à Coyhaique, la forme est là. Nous frôlons les100 km sur du bon goudron, pour la dernière fois avant... très beaucoup de km.
De Coyhaique à Villa Cerro Castillo, plusieurs cols, beau temps, vent dans le dos et un village d'arrivée dans un cirque montagneux de toute beauté.
Camping quelque peu perturbé par des couches tard et des lèves tôt et aussi parce que nous n'avons pas trouvé de resto ouvert le soir et qu'il a fallu retourner au camping à 22h pour se faire notre propre cuisine. Lever de soleil grandiose sur le cirque montagneux de Villa Cerro Castillo.
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| De la vigne en sortant de Cohaique |
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35 km après Coyhaique
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Pique-nique peu confortable, très chaud
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Avec Felipe et ses enfants. Merci pour l'eau
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Forêt et reliefs volcaniques
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Montée au col
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| Des montagnes en "gâteau marbré", comme au Sud Lipiez, en Bolivie |
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Début de la descente sur Villa Cerro Castillo
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Avant d'arriver à Villa Cerro Castillo
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"Cathédrales" de Villa Cerro Castillo
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| Camping de Villa Cerro Castillo |
J2: 70 km de ripio moyen puis assez bon, par forte chaleur et un peu de vent défavorable. Quelques montées très sèches permettent de surplomber rivières et lacs d'un bleu vert époustouflant. En fin de journée, juste avant un col, camping bienvenu chez des bûcherons accueillants, au milieu du désert impressionnant - quelques habitations sur 120 km - que nous traversons. La fatigue se fait ressentir.
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| Place de Villa Cerro Castillo |
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| En sortant de Villa Cerro Castillo |
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Lago ... Verde, on l'aurait deviné
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| Superbe, tout simplement |
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| Pique-nique chaud, beaucoup de vent et d'insectes |
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| Un chien sur la Carretera Austral, au bout du monde |
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| Camping chez les bûcherons |
J3: Peu après le départ, descente du col en bon ripio, mais le britannique que nous rencontrons nous alerte que les derniers 25 km qui amèneront à Puerto Tranquillo seront très mauvais et ils le furent! Avec une succession ininterrompue, cela va devenir une constante, de montées sèches - plus de 10 % sur qq centaines de mètres - suivies de descentes tout aussi raides que dangereuses. 65 km très éprouvants donc compensé par le début du contournement du magnifique "Lago General Carrera", quatrième plus grand lac d'Amérique du Sud, frontalier avec l'Argentine et qui porte donc un nom différent en Argentine. Plein de nuances de bleus!! Nuit réparatrice dans un lodge haut de gamme au sein du village assez touristique de Puerto RioTranquillo.
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Ici une sensation d'être très loin de tout
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On rejoint le Rio Murta sous un ciel bien menaçant
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| Cabane et éboulement |
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Ripio du jour
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| On reprend ici une direction plein Sud |
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| Un peu de soleil - Rio Murta |
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| Lago General Carrera |
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Anse protégée du vent, lago General Carrera
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| Du haut d'une des innombrables côtes avant Puerto Rio Tranquillo |
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| Puerto Rio Tranquillo |
J4: pas mal d'activités touristiques possibles depuis ce village mais après avoir bien profité de notre logement luxueux nous préférons continuer notre route en démarrant vers 13h,bien reposés. Ce sont dès le le départ une succession de côtes terribles, surplombant finalement le lac de plusieurs centaines de mètres. L'extrême bout du lac donne naissance majestueux Rio Barker - lieu d'une belle lutte écologique contre la construction de barrages - Sivens partout -. En fin d'après midi nous trouvons un camping assez inattendu. C'est pour des miracles de ce genre que j'aime ce que nous faisons. Camping donc chez Filomena et Saturnino - amoureux de leur lopin de terre, coincé entre glacier, lac et pâturages.
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| Lago Général Carrera |
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| Idem |
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| Idem |
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| On s'en éloigne |
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On le retrouve
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| Encore une méga rivière à EL Léon, village de 1 maison! |
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| Le lac Carrera se jette dans le Lago Bertrand |
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| Extrémité Sud du Lago Carrera |
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| Région où il n'y a pas de village mais parfois des lodges de luxe |
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| Pas de logement au carrefour au niveau de Chile Chico: ce croisement permet - dernière possibilité - de revenir sur l'Argentine en cas de nécessité. |
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| Déversoir du Campo Hielo San Valentin |
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| Chez Filomena et Saturnino en compagnie de 2 collègues allemands |
J5: il ne reste que 65 km à faire pour atteindre la ville étape de Cochrane. Oui mais... le ripio qui nous attend sera le plus difficile à rouler jusqu'à présent. Et en plus il y a le vent, défavorable bien sûr, sans oublier de la tôle ondulée - chapitre ripio à venir! - et des côtes, voire des cols. Quand j'arrive à Cochrane, totalement "exhausted", à plus de 19h, j' apprécie que l'on trouve un - très - bon hospedaje rapidement. Et plus tard, le repas partagé avec nos amis Tancrède et Fanny a chassé pour de bon les doutes de la fin d'après-midi.
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| Chez Filomena et Saturnino |
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| Trop beau, en sortant de chez Filomena |
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| Puerto Bertrand, qq maisons, trop beau, et d'où s'échappe le Rio Baker, menacé par des barrages |
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Le bleu du rio Baker
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| Rio Baker |
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| Rio Baker |
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| Tôle ondulée de très bonne qualité |
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| Confluence du rio Baker avec rio Nef |
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| Rio Baker, engorgé avant Cochrane |
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| Auberge de Cochrane |
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| Cochrane |
LE RIPIO
Mais au fait quelle est donc l'étymologie de ce terme?
On va la faire à la François Hollande candidat:
Moi quand je serai élu président de la république du ripio...
- je prendrai des pneus plus larges,
- je saurai que la roue arrière joue avec les graviers
comme le ski aval à la sortie d'un virage,
- je saurai qu'il faut aborder les pentes raides sur le petit plateau AVANT que ça monte, sinon terminer à pied à tout coup,
- je saurai qu'il ne faut jamais dire qu'on vient de parcourir le passage le plus dur: il y a TOUJOURS pire à venir,
- je saurai que le pire des ripios vaut mieux que la tôle ondulée, profonde de 5 à 10 cm, qui arrive sans prévenir - si, si on guette bien on la voit venir - et qui secoue hommes et machines de façon insensée,
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| Tôle ondulée |

- je saurai que le ripio peut TOUT casser: sacoches trouées, porte sacoche dessoudé, objets perdus en cours de route, sacoche de guidon secouée comme un flipper, coutures abîmées, tout les sacs plastiques et les élastiques explosés, sac indéchirable constellé de microcoupures,
- je saurai que croiser un autre véhicule est toujours dangereux. On a beaucoup redouté qu'un caillou pincé par un pneu de voiture soit éjecté violemment dans un rayon ou sur nous,
- je saurai reconnaître au bruit du moteur un gros véhicule qui va vous dépasser et alors sagement m'arrêter sur le bas coté, là où la couche de cailloux est tellement épaisse qu'on ne peut repartir,
- je saurai monter en danseuse dans le ripio, le sommet de l'art consistant à anticiper les cailloux sur lesquels ma roue arrière va monter et donc "ripioter" et donc appuyer moins fort sur les pédales,
- je rigolerai au souvenir du ripio dit "déversant", particulièrement traître: le coté de la route est généralement plus attirant car il semble plus lisse mais le fourbe étant déversant, incliné il vous emmène droit dans le décor.
DEUXIÈME PARTIE: de Cochrane à Villa O ' Higgins*
* prononcer "bidjaoriguinsse"
Du 3 au 7 Février 2015
Distance: 233 k - Dénivelé positif: 3667 m
Etapes 19 et 20: 125 km - Dénivelé positif: 1485 m - étape à Caleta Tortel
Etape 21: Transfert bateau Caleta Tortel - Puerto Yungay
Etape 22: 68 km - Dénivelé positif: 1344 m, camping au bord de la route
Etape 23: 25 km - Dénivelé positif: 311 m - étape à Villa O' Higgins
Cette seconde partie des 13 jours clefs va s' effectuer uniquement sur du ripio pour ce qui concerne le vélo - 2 fois 120 km environ - mais va aussi consister à faire du 'bateau stop' à partir de Caleta Tortel et aussi du ferry plus classique pour traverser le bras de mer qui interrompt la Carretera Austral à Puerto Yungay.
J1
65 km environ de ripio mauvais à très mauvais, voire abo+ diraient les grimpeurs. Et pourtant, rapidement après la sortie de Cochrane, le paysage devient magnifique: lac bleu roi avec un petit nid pour un camping, rivières bleu glacier impétueuses, se divisant en plusieurs torrents cascadeurs, et cirque presque complet de montagnes enneigées. Les sommets atteignent péniblement 3000 m d'altitude et font partie intégrante du campo de hielo Sur. Grosse chaleur, que l'on estime à 25 - 27 degrés en l'absence de vent. Certains pourraient dire qu'on a la chance de la météo avec nous car ces régions sont parmi les plus arrosées du globe.
Dans ce mauvais ripio, globalement ascendant la moyenne horaire est des plus faibles: moins de 10 km/h.
Une grande descente s'annonce dans laquelle Domnin crève, la seule crevaison à déplorer pour le moment et par ailleurs la seule du voyage.
A peine 60 km de parcourus et il est temps de trouver un camping, difficile à dénicher et finalement magique face à une belle montagne couverte de 2 beaux glaciers (Cerros Barancos) en face de nous et une belle rivière juste en bas pour se laver avant le coucher du soleil.
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Entourés de sommets donnant accès à la calotte glaciaire Campo de Hielo Sur. Répertoriés? Gravis?
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| Punta de Oro |
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| Crevaison |
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| Quelques mètres de goudron, le temps du pont! |
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Isolé de chez isolé, mais avec panneaux solaires
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| Camping parmi les plus sauvages |
J2
De bonne heure nous levons le camp. La route est belle de ses torrents, de ses fleurs, de son ripio (euh faut pas exagérer quand même) et de son fleuve majeur, le rio Baker, que nous retrouvons peu de temps avant qu'il ne se jette dans le Pacifique. Son Embouchure est proche du village Caleta Tortel, à ne pas manquer dans le coin: d'une part il n'y en pas d'autres et d'autre part il recèle un véritable intérêt touristique.
Au pique-nique, retour parmi nous de Fanny et Tancrède et leur improbable tandem. Nous les croyions devant, ils étaient derrière. Nous atteignons ce village de Caleta Tortel au bout de 23 km d'un diverticule de la Carretera Austral. Le ripio qui nous y amène est des plus mauvais et déjà germe en nous l'idée de ne pas avoir à le pédaler cet infernal boyau en sens inverse demain (voir J3).
En haut de la dernière côte, nous découvrons ce village unique, relié au monde extérieur par la route depuis 2005 seulement, dont les maisons sont bâties sur pilotis et reliées en elles par des pontons et des escaliers en bois. Comme c'est assez touristique, l' accueil est moyen, les prix élevés et le dortoir que nous trouvons est plus confiné qu' un refuge du Mont-Blanc, c'est tout dire.
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| On ne mesure pas à sa juste valeur d'avoir une méteo clémente dans cet endroit réputé pour ses 300 jours de pluie. |
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Content de retrouver le Rio Baker
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| Et de retrouver Fanny et Tancrède |
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| En route vers Caleta Tortel |
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| Caleta Tortel, reliée au monde extérieur par la route en 2005, auparavant reliée par le bateau à Punta Arenas au Sud et Puerto Montt au Nord une fois par semaine |
J3
Le jeu de ce matin consiste à dénicher un bateau qui pourrait nous conduire directement à Puerto Yungay, plutôt que de refaire les 23 km de la veille puis de passer un col réputé difficile avant de traverser un bras de mer via un ferry.
Avec Fanny nous déambulons dans pratiquement tout Caleta Tortel par les passerelles du bord de mer - avant de faire affaire avec Pablo, dont le prix exorbitant, même négocié, nous obligera à trouver d'autres passagers: une routarde - Carina - nous rejoindra.
Nous remarquons, perpendiculaires à la mer, plusieurs sorties de secours anti tsunamis, fort possible dans cette région au relief tourmenté au dessus de plaques tectoniques instables.
Finalement, plus tard dans la matinée, Tancrède aidera des bûcherons à décharger leur bois. Ces derniers reprennent la mer cet après-midi et passent à Puerto Yungay: exit Pablo et va pour les bûcherons pour une somme cette fois très modique.
A fond de cale ouverte, nous parcourons ainsi, Magellans des temps modernes, un dédale de bras de mer pendant environ 3 heures, à peine secoués quelques vagues.
Le cocasse de l' affaire est que lorsque nous contournons le dernier cap avant Puerto Yungay, le ferry régulier qui traverse le bras de mer et que nous devions prendre est en train d'appareiller et c'est le dernier de la journée. Qu'à cela ne tienne: notre bateau se dirige droit sur le ferry, parlemente quelques instants et nous voilà en train de transborder nos 3 vélos, nos 15 sacoches et les 5 passagers en pleine mer, les 2 bateaux amarrés à la va comme je te pousse.
45 minutes plus tard nous débarquons (il y a là une sorte de refuge qui affiche complet!) et démarrons sur quelques km le dernier tronçon de la Carretera Austral: 100 km jusqu'à Villa O' Higgins. Camping sous un pont.
Il va beaucoup pleuvoir cette nuit, j'aurai du camper plus à l' abri du pont...
Caleta Tortel et ses maisons sur pilotis:
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| Le bateau des bucherons |
Traversée Caleta Tortel - Puerto Yungay
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| Le ferry de Puerto Yungay va appareiller d'un instant à l'autre |
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| Transfert des vélos dans le ferry |
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| Camping sous un pont |
J4: Nous ne pourrons pas atteindre Villa O' Higgins ce jour. Pas surprenant car le profil de l' étape est très accidenté. Il faut atteindre un plateau à 400 m d'altitude via 4 montées et descentes des plus rudes. Paysage tropical au niveau de la mer qui va rapidement se transformer en paysage andin avec des glaciers qui dégoulinent de partout.
Les montagnes qui nous entourent culminent à guère plus de 1000 m mais ont toutes un glacier dont le front n'est qu'à 2-300 m au dessus de notre route qui n'est plus qu'un simple boyau où les croisements sont difficiles. Un vent fort nous pousse sur cette partie plate. Sûrement le plus beau paysage qu'il nous a été donné de voir. difficile de faire plus sauvage. Vers 17h une sorte de refuge abrite déjà pas mal de vélo randonneurs et nous plantons la tente à côté en espérant que le vent qui souffle en rafales ne forcisse pas trop!
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| Plat au départ |
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| La jungle à l'altitude zéro au bord de mer |
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| Première montée |
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| Sur le plateau |
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| Parmi les glaciers |
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| L'eau suinte de partout |
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| Les barbelés de la Carretera Austral |
J5
L'arrivée à Villa O Higgins, bout de la Carretera Austral
Il reste 30 km, certes plats, en ripio certainement, pas le plus agréable, surtout à l' approche de la ville, dans laquelle il est prévu de se reposer une journée. Nous réalisons la chance que nous avons de trouver des places de bateau pour le surlendemain, d'autres cyclistes attendent depuis plusieurs jours que les conditions météos soient favorables pour traverser le lac O'Higgins, petite mer intérieure malmenée par les vents du grand Sud.
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| Départ de la troupe |
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| Au loin se profile Villa O'Higgins |
Jour de repos mis à profit pour fêter mon anniversaire. Merci Tancrède et Fanny pour le gâteau.

TROISIÈME PARTIE: de Villa O' Higgins au Chili à El Chalten en Argentine
Distance : 63 km - Dénivelé positif 713 m
9 et 10 Février 2015
Etape 24: 27 km - Dénivelé positif: 468 m, camping au bord du Lago Desierto
Etape 25: 36 km - Dénivelé positif: 347 m - étape à El Chalten
C'est la partie que nous redoutons le plus, qui consiste à traverser le lac O' Higgins en bateau (ça ça va), puis de monter sur un plateau en poussant les vélos sur une piste sablonneuse, traverser ce plateau sur environ 5 km et enfin descendre au poste frontière argentin au bord du lago del Desertio sur un étroit chemin dont la réputation - on le verra justifiée - nous fait beaucoup causer depuis des semaines, voire plus.
Il nous restera à traverser ce lago del désierto, il parait qu'u bateau assure une navette, rien que pour les cyclistes! Et finalment descendre sue la fameuse station alpine d'El Chalten au pied de sommets andins prestigieux.
Une fois franchi ce passage nous aurons fait environ la moitié de la distance à Ushuaia et en plus nous retrouverons le goudron.
Les photos de cette journée mémorable.
8 km magnifiques, tôt le matin, pour rejoindre depuis Villa O'Higgins l'embarcadère du bout du monde et donc la fin de la Carretera Austral.
La traversée du lac, 3h30 de navigation sur une "mer" très agitée sur la fin (vent violent). Pour nombre d'entre nous, soit environs 25 cyclistes, il était temps d'arriver en raison du mal de mer naissant ou avéré!
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| C'est parti |
La montée sur un plateau, en poussant les vélos sur une piste sablonneuse; cet espace de non droit est un no man's land entre Chili et Argentine avec, saugrenu dans ce coin perdu, un poste frontière chilien au départ et un autre, argentin 19 km plus loin.
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| Montée sur la piste sablonneuse |
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| Première vision lointaine du massif du Fitz Roy |
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| Une partie cool sur le plateau |
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| Avant la descente sur un chemin |
La descente infernale sur le lac del Desierto sur un chemin de 6 km, étroit, sinueux, boueux, et l'arrivée tellement surprenante au poste frontière argentin.
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| Poste frontière |
Environ la moitié des cycliste et randonneurs rejoindrons le camping ce soir là, les autres dormiront en cours de route, sans conséquence puisque le bateau qui nous fera traverser le lac arrivera seulement en fin de matinée.
En fin d'après midi nous montons le camp dans une atmosphère maussade et froide avec un peu de pluie, bonjour l'ambiance. Il fera beau le lendemain matin pour un spectacle de toute beauté sur le Fitz Roy.
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| Vue sur le Fitz Roy |
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| Gros plan sur le Fitz Roy |
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Attente du bateau de 11h
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Arrivée du bateau. Sans concurrence ses tarifs sont prohibitifs. De ce fait, certains contourneront le lac à pied
Encore un magnifique spectacle lors de la traversée du lac, les glaciers sont parfois à toucher du doigt. |
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| Bout du lac, la piste va reprendre vers El Chalten |
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| Descente sur El Chalten face au Fitz Roy |
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| Menace de grosse pluie juste avant d'arriver à El Chalten |
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| L'arrivée à El Chalten |
6 - De El Chalten à Puerto Natales
Histoires de chiens
Commençons donc par un paragraphe sur les chiens.
Comme dans de nombreux pays, ils ont une vie nocturne plus agitée que la diurne et alors gare à votre nuit si votre chambre est mal placée.
Le jour ils dorment beaucoup, il faut bien récupérer.
Ils ont aussi, plus qu'ailleurs me semble-t-il, la caractéristique de former des bandes d'environ 6-8 animaux qui semblent unis pour défendre un territoire. Calmes entre eux, il ne s'agit pas qu'un animal d'une autre bande vienne croiser leur route. C'est sans doute ce dont j'ai été victime à El Chalten lorsque roulant à 2 km/h, a déboulé devant mes roues (entre mes roues je crois) un animal furieux qui ne se rend même pas compte qu'il me fait tomber.
Après quelques soubresauts pour éviter de tomber, je le fais, brillamment, heurtant le sol assez violemment sur les paumes des deux mains, surtout la droite ainsi que genou gauche, celui tellement abîmé et fragile que je malmène depuis 40 ans et que je le sollicite tant dans cette rando (sans ménisque, sans un partie des ligaments croisés et depuis qq temps sans cartilage - arthrose).
Le soir le bilan est mauvais: main droite très douloureuse, le genou a doublé de volume et j'ai mal un peu partout. Je plombe un peu l'ambiance du repas carné que nous nous préparons avec Tancrède et Fanny et je dois envisager de ne pas repartir tout de suite, voire pas du tout - dossier de rapatriement démarré avec la MAIF. A la suite d'une chute au début de leur voyage, Tancrède s'est lui aussi cassé un doigt et l'originalité tient au fait que Fanny à pu lui bricoler une attelle en liaison avec leur médecin en France via Skype!!
A force de glace et d'anti-inflammatoires, le genou est redevenu rapidement fonctionnel mais la main va rester douloureuse. Sans m'empêcher de pédaler le jour, cette douleur va cependant me gêner la nuit jusqu'à la fin du séjour: pardi, à mon retour en France, un scanner va montrer une fracture du trapèze avec arrachement d'un bout d'os de 5 mm.
J'aurai au final manqué 2 jours magnifiques entre El Chalten et El Calafate, dixit Domnin: vent favorable, bon goudron, belles lignes droites, désert de pampa avec lacs, fleuves et montagnes au fond.
Comme ce fut un sujet de discussion entre nous - faut-il faire ce trajet en bus ou en vélo? - la réponse semble bien être en vélo en sachant qu'il n'y a qu'un seul arrêt possible le soir au milieu des 220 km, qu'il y a peu de possibilités de se ravitailler en eau, et que les 30 derniers km peuvent être redoutables face au vent, Domnin parti seul en fera l'expérience. Mais quel plaisir d'avoir retrouvé du bon goudron!
Le temps que je reste à El Chalten, la météo reste assez belle et tous les jours, je peux admirer les somptueuses parois qui dominent la ville, sans bien sûr pouvoir les approcher.
Le Fitz Roy, le chef de la bande - dont on rappellera qu'il a été conquis pour la première fois dans les années 50 par le français Lionel Terray - mais aussi son satellite, la pointe Poincennot, alpiniste décédé dans l'expédition Terray, mais aussi le Cerro Torre, objet de la convoitise de l'italien Cesare Maestri (qui n'a pas hésité à monter une foreuse dans la paroi verticale pour y percer des trous pour les pitons et dont la mort de son coéquipier Toni Egger reste peu claire). Un vrai lieu d'histoire de l'alpinisme. J'attends avec impatience les photos de Fanny et Tancrède qui ont sillonné les fonds de vallées et les cols, voire marché sur le "hielo" continental.
Heureusement, avant ma chute de vélo, j'avais pu m'approcher un peu de ces montagnes magiques.
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| Cerro Torre, pointe Poinncenot |
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| Du Cerro Torre au Fitz Roy |
Je reste 4 nuits dans la même cabane. Un peu chère et bruyante, à proximité du générateur d'électricité de la ville dont on souhaite ardemment qu'il tombe en panne. Le deuxième hôtel de repos sera bien mieux, y compris la connexion wifi. Tout doit être payé en cash, et comme les distributeurs sont vides, ma situation financière devient limite.
EL CHALTEN - EL CALAFATE (en bus)
Distance: 212 km - Dénivelé positif: 1152 m
14 Février 2015, seulement 3h de bus pour moi
Pour Domnin:
Etape 26: 109 km - Dénivelé positif: 309 m - étape à La Leona
Etape 27: 105 km - Dénivelé positif: 761 m - étape à El Calafate
3h de bus me permettent de retrouver Domnin à El Calafate, l'autre ville très touristique de cette région (aéroport international) - et Paul par la même occasion qui renvoie son vélo à Buenos Aires avant son retour en France via Ushuaia. Même en bus, la route El Chalten - El Calafate est splendide et photogénique. Un fleuve magnifique - La Leona - relie les 2 grands lacs Viedma et Argentino. Un autre fleuve non moins puissant - le rio Santa Cruz - s'échappe du lago Argentino et va traverser d'Ouest en est toute la corne Sud l'Amérique du Sud.
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| Lago Viedma |
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| Ligne droite que j'aurai aimé pédaler! |
Cet établissement de La Leona, seul point d'arrêt sur les 220 km (Domnin y dormira) est historique puisque Butch Cassidy et le Kid y ont séjourné, dixit les guides.
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| Rivière Leona |
El Calafate, et la visite au Perito Moreno
15 Février 2015
Pas de chance à El Calafate: la ville est surchauffée par la venue de la présidente Kirchner qui participe à des festivités - du bicentenaire de la ville? - juste pendant qu'on a prévu d'y être. Tout est complet. Domnin trouve quelques cm2 dans un camping de la police et je prends malgré moi une résa booking dans un hôtel en dehors de la ville, assez cher et... en cash. Heureusement le Dimanche soir les distributeurs ont retrouvé un peu d'argent à distribuer aux touristes étranglés comme je le suis.
La ville est en fête mais nous n'en profitons pas vraiment à l'exception d'un restaurant de viandes fameux, voire faramineux.
Pour aller voir, regarder, écouter la chute du glacier Perito Moreno (spectacle de réputation mondiale), il faut prendre un billet à la gare routière par exemple qui combine bus aller retour, éventuellement bateau au pied des séracs (de peu d'intérêt semble-t-il) et surtout la balade dans les échelles disposées juste en face du front du glacier, spectacle gratuit garanti. Pour peu qu'il fasse beau, pique-nique à ne vraiment pas manquer. Les échelles combinent plusieurs parcours, en haut ou en bas, à droite, en face ou à gauche et on à toute chance d'assister à des chutes de glace spectaculaires.
Venir ici en vélo depuis El Calafate eût été possible, 75 km de goudron, mais contre le vent pour venir et dans un un certain trafic de bus, donc pas trop recommandé. 2 allemands que Domnin a rencontré plus tôt l'ont fait.
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| Le site de la chute du Perito Moreno, derrière la vitre du bus |
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| Le bateau pour se rendre compte des proportions, le front de glace est haut de 70 mètres environ |
Je n'ai pas pu capter une des nombreuses chutes de glace qui sont advenues dans la journée (c'est un vrai métier de patience) mais certaines ont fait beaucoup de bruit et quelques ... vaguelettes dans les lacs et torrents avoisinants. Pour frissonner, en rechercher sur internet.
Miraculeusement pour l'organisation touristique locale, le Perito Moreno, dont on rappellera qu'il n'est qu'une sortie latérale de la gigantesque calotte glaciaire dite "Campo de Hielo Sur", n'est pas sujet au retrait spectaculaire des glaciers de l'Amérique du Sud, évoquée plus loin.
Retour au vélo: De El Calafate à Puerto Natales
Distance: 271 km - Dénivelé positif: 1752 m
16 au 19 Février 2015
Etape 28: 112 km - Dénivelé positif: 913 m, bivouac
Etape 29: 45 km - Dénivelé positif: 239 m - étape à Tipi Aike
Etape 30: 58 km - Dénivelé positif: 385 m - étape à Cerro Castillo
Etape 31: 60 km - Dénivelé positif: 409 m - étape à Puerto Natales
Presqu'une semaine sans pédaler, entre le jour de repos à El Chalten, le repos forcé dû à la chute, le transfert à Calafate, et la visite au Perito Moreno.
Nous repartons avec un objectif ambitieux: rejoindre au plus vite Puerto Natales prochaine ville étape. Notamment pour aujourd'hui car même si un beau col de 600 m de montée coupe cette étape au 50ème km, le vent devrait nous pousser.
Exact pendant 60 km, le temps de s'échapper de la vallée de Calafate et de monter facilement le col vent dans le dos.
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| Sortie d'El Calafate |
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| Plein Est en sortant d'El Calafate |
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| Pause à l'abri du vent |
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| Au col, à 1000 m, vers le Nord |
Moins vrai lorsque, en haut du col, la route prend une direction Sud - Sud Ouest. Comme tous les jours vers midi le vent à forci et nous prenons des rafales latérales de toute beauté, qui sont dangereuses (imaginons les conséquences d'une rafale qui nous déporterait au milieu de la route au moment du passage d'un camion, on sait que des cyclistes y ont ainsi laissé leur vie) mais n'empêchent pas de maintenir pour le moment un rythme intéressant.
Malgré le soleil, impensable de faire une pause en plein vent, il nous faut nous installer en contrebas de la route.
Spectacle magique que ce haut plateau perché à 7-800 m d'altitude ou rien ne pousse qu'une végétation rabougrie et ocre qui se confond avec les guanacos, seul capables de survivre dans ces 50èmes rugissants.
Au km 94, il faut se décider soit à s'arrêter là, de bonne heure, à la fin du goudron avec la perspective de se lever de très bonne heure pour affronter demain 70 km de ripio - parmi les derniers - ou bien justement démarrer le ripio cet fin d'après-midi, toutefois en ne connaissant pas la qualité du ripio à venir, ni la force du vent que l'on va prendre de face ni sur les possibilités de camping.
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| Derniers mètres du col avant le plateau |
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| Guanacos sur le plateau |
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| Ambiance du plateau |
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| Pique-nique à l'abri du vent, pas très glamour |
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| Ambiance de plateau |
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| El Cerrito, les derniers mètres de goudron, km 94 |
Le vent est fort mais il fait beau, et le ripio n'a pas l'air trop mauvais. C'est parti face au vent cette fois. Vent plus ripio - il va vite devenir exécrable - font descendre notre vitesse à quelques km/h. Une lutte féroce s'engage car il va bien falloir trouver de l'eau dans cette zone totalement inhabitée. Domnin avait entendu parler d'un hypothétique poste de police 20 km après le démarrage de ce bout de route (l'ancienne route 40 qui descend toute l'Argentine, large donc mais visiblement ici non entretenue).
20 km et 2h plus tard, au bout d'une ligne droite d'enfer, nous le trouvons ce poste de police, qui semble avoir servi dans la journée, mais désert ce soir et fermé à double tour. Dans les quelques m2 abrités du vent, nous montons nos 2 tentes et l'eau du Rio nous sert pour tout le reste. Ce fût finalement une belle étape pour une reprise. Le vent se calme dans la nuit.
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| Poste de police |
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| Blottis contre le poste de police |
Deuxième jour
Même si nous n'avons pas eu froid, cette nuit à été peu réparatrice et nous nous levons d'assez bonne heure en espérant éviter le vent fort du milieu de journée.
Il ne reste que 50 km de ripio avant de retrouver le goudron mais ce jour lugubre va cumuler tous les défauts: mauvais temps, ripio exécrable, vent assez fort dès que l'on émerge du creux de vallée qui nous abritait - un peu - et du coup sensation de froid qui transperce les os. Tous les 5 km environ, un poteau de secours avec un téléphone pour bien renforcer la sensation qu'il ne vaut mieux pas tomber en panne dans ce secteur, par ailleurs pas très beau. Enfin si c'est pas si mal: dans le fond, à droite on devine le massif du Paine (prononcer "pas inné"), parc national chilien, objet de convoitise de tous les touristes randonneurs du coin.
Et même le pire finit par se terminer en tout début d'après-midi: à Tapi Aike nous retrouvons le goudron.
Au croisement des 2 routes, un poste à essence, un poste de police, un local pour la personne qui entretient la route - notamment le matériel de déneigement pour l'hiver - et une sorte de roulotte infâme qui contient 2 couchettes infâmes dans un environnement glauquissime. On y déjeune puis la perspective de rouler sous la pluie et les rafales de vent cet après-midi sans perspective de village à venir nous incite au raisonnable: on verra demain.
On s'installe dans les couchettes infâmes, à côté du générateur d'électricité hyper bruyant - qui heureusement s'arrêtera à minuit. L'homme de la sécurité routière est sympathique et nous prêtera finalement cuisine, gazinière, lavabo et douche mais pas grand chose ne fonctionne. Un vrai sacerdoce que de rester dans ce trou.
Un caballero se prépare doucement à rejoindre une hacienda, la bas au fond, mais aura bien du mal à se décider à partir.
En fin de journée 2 suédois viennent compléter ce tableau de perdition digne de Delacroix!
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| Le ripio du petit matin, chagrin |
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| Massif du Paine au loin |
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| Poteau de détresse |
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| Roulotte couchette pour la nuit de Tapi Aike |
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| Le cyclo, le gaucho et l'homme de la sécurité |
Le lendemain sera moins glauque mais comportera des moments tout aussi difficiles. Le départ est retardé par des bourrasques de pluie qui vont se calmer heureusement pour le reste de la journée. Petit à petit le soleil va s'imposer. Quand au vent il va démarrer fort et va croître et embellir jusqu'à atteindre l'impossible à rouler au moment de passer la frontière vers le Chili.
Les 40 premiers km sont Sud-Ouest et le vent Ouest-Sud-Ouest, de 3/4 de face donc. La route monte doucement mais sûrement. Pour se motiver on se relaie chaque km avec Domnin, le nez dans le guidon - sauf pour photographier les tours de Paine qui se rapprochent doucement. Après une descente bienvenue vent dans le dos il faut remettre le couvert sur une lente remontée vers le croisement de Cancha Carrera, qui n'est qu'un croisement, pas même un troquet. Seuls 2 cyclistes, Danois cette fois, nous font un brin de causette.
De là, comme tout le monde nous a dit que c'était mieux de rejoindre Puerto Natales via le Chili que via l'Argentine (les 2 sont possibles ici), nous nous dirigeons donc vers la frontière Argentine à 6 km (mauvais ripio descendant - quelques maisons et peut-être de quoi camper) - puis le poste chilien un peu plus loin.
Après une pause déjeuner fort agréable au soleil et abritée du vent, nous affrontons, pour ces 13 km de ripio, le plus fort vent de face du voyage. Debout sur les pédales, petit plateau grand pignon nous atteignons le poste frontière argentin, puis l'entrée de Cerro Castillo, le poste frontière chilien qui récupère tous les pots de miel d'un groupe de touristes français.
Cerro Castillo semble n'exister que pour des raisons administratives. Un petit super marché, quelques places dans une auberge, des places de camping abritées du vent, ici et là, moyen accueillant faut bien le dire.
C'est de là qu'en remontant - sur du ripio - 50 à 80 km au Nord on peut accéder aux fameuses randonnés du massif du Paine. Un anglais qui en revient nous déconseille de s'y rendre en vélo, et notre faible enthousiasme d'y aller s'évanouit définitivement. En fait, le mieux semble de rejoindre Puerto Natales et de gérer le séjour aux tours de Paine via les bus.
Au gîte je rencontre des routards en voiture: famille hollandaise avec 3 enfants et un couple de suisses qui sillonnent l'Amérique du Sud pendant plusieurs mois avec des locations de voiture.
Assez fréquemment, nous croiserons ou serons doublés par des véhicules, parfois imposants, immatriculés en Europe - allemands souvent, quelque fois français.
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| Ciel de plomb sur les Tours du Paine |
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| Guanaco sur fond de Torres del Paine |
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| On se rapproche de la cordillère |
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| Massif enneigé au Nord des Torres del Paine |
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| Domnin descend vers Cancha Carrera |
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| Pique-nique après Cancha Carrera |
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| Descente vers la frontière Argentine après Cancha Carrera |
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| Cerro Castillo |
Quatrième jour
Il nous reste une bonne soixantaine de km pour rejoindre Puerto Natales. Cette fois nous progressons plein Sud et le vent de Ouest Sud-Ouest ne nous gêne que modérément.
De plus nous retrouvons du goudron - des plaques de ciment en fait. La progression se fait dans une vallée parsemée de lacs, d'haciendas et sur la fin à notre droite des glaciers du fjord de l' "ultima esperanza ".
C'est que nous avons atteint les régions du Sud de la Patagonie riches en histoire d'explorateurs dont le plus connu est Magellan. Lire à ce sujet le livre de S. Zweig.
Lorsque nous atteignons la mer, un virage à gauche nous fait rentrer dans le vent pour les derniers km. Niché dans le creux à droite, l'ancien port moutonnier de Puerto Bories, j'y reviendrai.
Comme tous les jours le vent est extrêmement fort vers 13 h quand nous atteignons la place centrale de Puerto Natales. Nous nous y restaurons avant de chercher et trouver, avec plus de difficultés qu'on imaginait (ville touristique), de quoi se loger le soir.
Nous prévoyons 2 jours de repos après ces 4 jours un peu rudes, venteux et froids. De plus les vélos ont également besoin aussi de soins: nos patins de freins sont usés jusqu'à la corde.
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| Grande estancia à mi chemin, on doit pouvoir y dormir |
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| Premier aperçu de "Ultima Esperanza" |
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| Revoilà le Pacifique, 7 km avant Puerto Natales |
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| L'hôtel du jour |
Pendant ces 2 jours de repos puis par la suite vers et à Punta Arenas, nous allons expérimenter la météo des 4 saisons quotidiennes, décrites dans les guides: la pluie plusieurs fois par jour - avec le vent froid ça sent l'hiver - et le beau temps plusieurs fois par jour - sans vent c'est l'été.
Un autre aspect, lié à la météo et que je n'ai pas évoqué jusque là est la force des UV en liaison avec la couche d'ozone, pleine de trous dans le coin (même si ça va déjà beaucoup mieux qu'il y a 20 ans, en relation avec l'arrêt des produits fluorés tels que le CFC et ses dérivés) comme on le sait. On s'est effectivement beaucoup enduits de crème solaire et les oublis, jour sans soleil par exemple, se payent cash le soir avec plus que d'ordinaire une sensation de brûlures sur le visage. Donc la plus grande vigilance est de mise.
Puerto Natales, vaut le la peine de s'y arrêter: animée en son centre mais pas trop, elle a une grande capacité d'accueil hôtelière. De nombreuses agences proposent des séjours aux tours du Paine, là d'où on vient ainsi que des excursions au bout du fjord "Ultima Esperanza", le bien nommé . Le navigateur Juan Ladrillero y a cherché en vain un nouveau passage, plus court, que le canal de Magellan entre l'atlantique et le Pacifique.
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| Au sud de Puerto Natales |
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| Vue vers les glaciers du fjord Ultima Esperanza |
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| A Puerto Natales |
Puerto Natales est au bord de la mer et des dizaines de petits bateaux sont bien rangés à l'abri dans le petit port de pêche qui se trouve tout au bout Sud Ouest de la ville. Par ailleurs, des ferrys permettent ici de remonter (croisière d'une semaine) à Puerto Montt et Santiago - un must paraît il.
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| Port de pêche de Puerto Natales |
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| Ultima Esperanza fin XIX |
Punta Arenas possède un superbe petit musée ethnographique qui explique bien les peuplements successifs de la région, depuis 14000 ans, venus du détroit de Behring par vagues successives et alors que le canal de Magellan n'est pas encore formé (la terre de feu était ainsi accessible sans traverser la mer).
On sait combien les colons à la fin du XIXème siècle ont contribué à la disparition des dernières tribus de Yamanas, Onas et Alacalufs. Reconnaissons à ce musée de ne pas faire l'impasse sur ces tragiques évènements qui ont conduit, au début du XXème siècle à l'extinction totale de ces peuples premiers. Lucas Bridges a vécu sur place a cette époque et écrit un livre qui me semble faire référence ("aux confins de la terre"). On peut aussi lire aussi l'excellent roman d'Isabelle Autissier, l'amant de Patagonie.
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| Musée ethnographique de Puerto Natales |
Et puis Puetro Bories, à quelques km à l'Ouest de la ville a été, première moitié de XXème siècle, le plus grand port moutonnier d'Amérique du Sud. On y regroupait par millions les moutons d'Argentine et du Chili pour les transformer en viande destinée à l'exportation une fois congelée, vers l'Europe. Les vestiges de l'usine, devenue un hôtel 5 étoiles se visitent avec beaucoup d'intérêt, à 7 km au Nord.
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| Ancienne usine "à moutons" de Puerto Bories |
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| La technologie de la congélation requerrait d'énormes machines |
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Moutons attendant leur fin tragique à Puerto Bories
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Il y aussi un belvédère qui surplombe la ville de 600 m, difficilement accessible parait il par jour de grand vent.
Et enfin, Puerto Natales a pour mascotte un animal qui aurait disparu il y a seulement 10 à 15000 ans, le Milodon, et dont on a retrouvé des traces dans des grottes aux environs.
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| Milodon |
7 - De Puerto Natales à Punta Arenas, environ 250 km
Distance: 247 km - Dénivelé positif: 1110 m
22 au 24 Février 2015
Etape 32: 127 km - Dénivelé positif: 847 m, cabane en bord de route
Etape 33: 103 km - Dénivelé positif: 459 m, camping
Etape 34: 22 km - Dénivelé positif: 166 m, arrivée à Punta Arenas
Je ne le sais pas encore mais ce seront les derniers km que je vais pédaler pour ce qui me concerne.
Premier jour
Nous partons de nouveau avec le programme ambitieux de rejoindre Punta-Arenas en 2 jours car le vent, enfin, devrait nous pousser, la progression étant Est ou Sud-Est ou Sud. La sortie de Puerto-Natales, face au vent pendant quelques centaines de mètres nous rappelle cependant combien ne pas être dans le vent expose à des rafales qui peuvent clouer sur place voire déporter dangereusement sur le côté de la route.
Après la sortie de la ville, la vitesse de croisière augmente rapidement pour dépasser 20 km/h de moyenne sur les 100 km qui amènent à Morro Chico. Du jamais vu et qu'on ne reverra pas. En poussant un peu sur les pédales, juste pour voir, atteindre 50 km/h est franchement facile et grisant mais on se calme vite car on sait qu'après Morro Chico la route se réoriente au Sud et donc sous les rafales.
Comme précédemment pour la section El Chalten - El Calafate, nous savons que pas mal de cyclistes shuntent ces 250 km car trop monotones et exposés au vent. Ça se comprend surtout dans le sens opposé - on ne va plus croiser personne du reste - mais Domnin et moi apprécions tellement ces paysages dénudés que nous ne regretteront pas et même conseillons de s'atteler à cette tâche.
Comme précédemment aussi, les arrêts doivent se faire à l'abri du vent qui reste assez froid malgré un ciel plutôt dégagé.
A part quelques rares villages, ce trajet sera celui des immenses lignes droites, des immenses haciendas aux immenses troupeaux de moutons.
Morro Chico est un gros bloc posé sur un paysage de plateaux ondulants (météorite?)
Il y a là au moins un troquet, bonne idée mais nous n'avons pas compris s'il y avait de quoi se loger. Nous préférons continuer un peu malgré des rafales de vent, de côté maintenant et parfois impressionnantes.
Alors que nous pensions pouvoir atteindre ce soir Villa Tehuelches au prix d'un gros effort (ce qui ferait une étape proche de 150 km) nous allons nous limiter à 130, ayant découvert presque fortuitement que la baraque de chantier contre laquelle nous nous adossons pour une pose vitamine est en fait équipée des deux bas flans et d'un poêle. Ce dernier, allumé non sans difficulté permettra de nous endormir dans d'assez bonnes conditions. Une ferme judicieusement placée à proximité nous fournira de l'eau. J'appris plus tard que des amis jurassiens y avaient dormi également quelques années plus tôt.
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| 30 km après Puerto Natales |
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| Destination finale pour ces moutons |
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| Savane ou Normandie? |
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| Abri bus et ... abri vent |
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| Arrivée à Morro Chico |
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| Horizons patagoniens |
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| Bivouac de fortune en bord de route |
Deuxième jour
Le premier objectif est de rejoindre Villa Tehuelches à une vingtaine de km. Vite fait bien fait avant que le vent ne se lève et aussi de se ravitailler un peu et au chaud.
La surprise du jour est d'y retrouver Anne-Claire et Romain, entrevus au tout début de notre rando, il y a presque 2 mois. Nous repartons ensemble.
Pendant une bonne quarantaine de km, nous progressons plus ou moins facilement avec le vent de coté qui forcit.
Après le repas de midi dans une cabane similaire à celle qui nous a hébergé cette nuit, face à un immense troupeau de moutons, 10 km plein Sud face au vent vont laisser des traces. La route tourne un peu à l'Est ensuite et cela devient "acceptable" mais atteindre Punta Arenas ne sera sans doute pas possible ce soir à moins d'arriver très tard.
20 km avant la ville, un parc - Chabuco, assez sale - va nous permettre de couper l'effort. Des emplacements aménagés permettent de manger à l'abri du vent. Anne-Claire et Romain ont décidé d'arrêter leur périple - commencé à Lima au Paris - demain à Punta Arenas.
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| Départ du bivouac |
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| A Villa Tehuelches je retrouve Domnin et le tandem d'Anne-Claire et Romain |
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| Cabane protectrice pour le repas de midi |
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| Le parc Chabuco |
Troisième jour
Il reste donc 20 km à faire en banlieue de Punta Arenas, grande ville de plus de 100000 habitants, non sans avoir fait un petit détour, inutile du reste, à l'aéroport international. J'aurai cependant à y revenir une semaine plus tard.
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| Arrivée à la place d'armes de Punta Arenas |
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| Plaza de Armas à Punta Arenas |
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| Canal de Magellan à Punta Arenas |
BILAN CHIFFRÉ VELO
CLAUDE
Distance: 1990 km -
Dénivelé positif: 20280 m
DU 12 JANVIER AU 27 FÉVRIER
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| Trajet vélo effectué |
Distance: 2700 km -
Dénivelé positif: 24580 m
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| Trajet vélo effectué |
8 - Croisière sur les canaux du détroit de Magellan
27 Février au 2 Mars 2015
A Punta Arenas après le menu del dia, partagé avec Romain et Anne-Claire, j'apprends rapidement que la santé déclinante de ma mère m'oblige à interrompre le voyage pour rentrer en France dès que possible. Je laisse donc Domnin partir seul vers Ushuaia.
Dès que possible va finalement se traduire par 4 jours d'attente, étant donné que pour changer mon vol de retour Buenos Aires - Paris, il n'y a pas de place en "économique" avant plusieurs jours.
Le hasard faisant bien les choses malgré tout, j'apprends dès le lendemain que l'agence de voyage Comapa qui organise des croisières à partir de Punta Arenas propose un départ le soir même pour 3 nuits sur l'un de ses bateaux avec un retour en fin de matinée le jour où je dois m'envoler en fin de soirée pour Santiago du Chili.
Du fait de cette inscription "last minute" je bénéficie d'une bon prix, soi-disant... La prestation sera de très grande qualité et me permettra de conclure plutôt correctement le voyage au lieu de me morfondre dans une chambre d'hôtel.
Le trajet effectué dans les canaux au Sud du canal de Magellan, juste au Nord des montagnes du Cap Horn est visualisé sur cette carte:

Les touristes (bizarrement je serai le seul français sur une centaine de personnes) seront, 2 fois par jour, transférés dans des zodiacs, par groupes de 14, pour s'approcher au plus près - en respectant des règles très strictes du parc national - des choses à voir, à faire. Je suis versé dans le groupe des anglo-saxons et ferai une rencontre assez sympa avec un couple d'anglais avec qui je resterai en contact quelques temps.
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| Le bateau emporte une centaine de touristes |
A Bahia Ainsworth, balade pour surplomber les fjords et glaciers environnants.
A Bahia Brooks, approcher d'assez près le front du glacier qui descend dans la mer - ici situation assez similaire à celle du Perito Moreno.
A Fjordo Larry, approcher par le Nord la cordillère de Darwin - son versant Sud débouche sur le canal qui passe à Ushuaia - dont la calotte glaciaire laisse dégouliner dans un cirque glaciaire constitué de pas moins de 7 glaciers: ce n'est qu'un spectacle mais ce fut magique, avec la présence inattendue d' un phoque mangeur d'homme nous dit-on; l'ambiance est sévère en ce petit matin; ça "craque" de partout dans les fronts des glaciers.
- Une approche d'une colonie d'éléphants de mer, espèce protégée. Vautrés sur la plage ils ne bougent même pas une oreille à notre approche.
Avec aussi un vol de plus de 10 condors qui semble-t-il ont repéré éléphant mort (donc sans défense!) à nettoyer.
La visite, au tout petit matin du troisième jour, de l’île de Magdalena, sanctuaire d'une colonie, elle aussi bien sûr protégée, de 6000 manchots environ. La cerise sur le gâteau de cette belle croisière, indeed.
Sans oublier les prédateurs prêts à piquer les œufs mal protégés de leurs parents.
9 - Rencontres au cours du voyage
Qq mots sur les cyclotouristes (ou pas) rencontrés:
Plus particulièrement:
Fanny et Tancrède et leur improbable machine, avec qui nous cheminerons de nombreuses étapes. En route depuis les chutes Iguazu au Brésil.
Charlotte et Aurélien, pendant qq jours autour de Coyhaique.
Anne-Claire et Romain, en route depuis Lima, que l'on rencontre au tout début de notre périple et aussi... juste avant Punta Arenas, 1.5 mois plus tard. Improbable machine itou (Pino Hase allemand).
Et aussi, pèle mêle:
- Un français en solo, depuis Ushuaia qui a beaucoup envie de parler,
- Un anglais seul aussi depuis depuis l'extrême Sud, avec une remorque, c'est assez rare, élégant, distingué et au français impeccable,
- un couple d'Américains, high tech: leur machine roulante, musculaire néanmoins, semble bénéficier de toutes les inventions technologiques du moment,
- un groupe de 3 cyclistes, multiculturel - c'est rare: franco-brésiliano-suisse,

- 2 allemands qui ont, peut-être, un peu trop forcé sur la bière avant de partir et qui peinent dans la montée mais dans la joie,
- 2 jeunes américains, aussi tatoués que peu causants,
- une jeune italienne en solo, à la carrure d'athlète,
- un colombien, le premier jour de notre rando, parti de... Colombie, tout au Nord, soit à 5 à 6000 km de là!!
- 3 anglais discrets qui campent à côté de nous, qui, le lendemain nous doublent en peloton groupé, à toute vitesse,
- Boris, le régional de l'étape, parti de chez lui à Coyhaique vers le Nord pendant ses congés payés,
- l' américaine âgée, seule et bien courageuse,
- l'américaine seule et asthmatique, un phénomène comme on les génère par là-bas; dans une descente, elle perd une sacoche avant qui arrive auprès de moi avant elle, qui rigole; le lendemain, elle fait pipi au bord de la route, comme les hommes grâce à un dispositif inconnu de nous autres simples européens;
- le français marcheur: " tiens m'écriais je quand je l'aperçois de dos, Bernard Olivier, le marcheur fou du début des années 2000 dont je recommande expressément ses 3 livres! Gagné: c'est un français, marcheur et adepte du célèbre randonneur,
- 1 japonais, c'est inévitable, il traverse l'Amérique du Sud du Nord au Sud puis remontera du Sud au Nord!
- 2 allemands au camping de Filomena, immenses, fort sympathiques, des soucis avec leur vélo achetés à Valparaiso.

- 2 français routards, à pied eux, depuis la Bretagne,
- Philippe le belge et sa femme Annette française qui essaye tant bien que mal de suivre cette force de la nature!!
- Jean-Pierre, le routard en voiture, ami solitaire de la nature,
- Bram le belge qui a tout vendu et quitté quand il a rencontré Katarina dans le sud de la France et qui tournent ensemble autour du monde depuis 2 ans,
- un hollandais solitaire bien concentré sur son sujet, à peine bonjour,
- 2 français du même village qui ont démarré leur voyage à Ushuaia en vue d'une improbable remontée vers l'Alaska,
- et qui voyagent en compagnie d'un autrichien un peu illuminé qui pratique des exercices de yoga la tête en bas dans la tempête.

- 2 brésiliens, sans doute frères, qui vont devoir se laver rapidement,
- 2 français ave l'assent du Sud, des métronomes sur le vélo,
- 1 jeune couple suédois, qui ont démarré à Ushuaia, il y 2 semaines un tour du monde de 3 ans,
- 1 jeune couple de danois trop heureux de pédaler vent dans le dos à Cancha Carrera,
- une famille de hollandais - 3 jeunes enfants - qui bourlinguent 6 mois en Amsud, sur les plus beaux sites, avant de rejoindre la Nouvelle Zélande,
- 2 retraités suisses qui bourlinguent eux aussi en louant des voitures mais qui en ont un peu marre de l'Amsud,
- l'anglais épuisé qui a fait l'aller retour aux Torres del Paine - 2 fois 80 km - avec le vent défavorable!
- et ceux que j'oublie...
10 - Charlie Hebdo
Je laisse ici le texte que j'ai rédigé quelques jours après les attentats sans le retoucher bien que certains de mes propos pourraient être retravaillés, nuancés.
Je n'avais pas prévu, qui l'aurait pu, de devoir, dès le deuxième jour de notre voyage écrire un chapitre spécial suite à l'attentat dont ont été victime bon nombre de journalistes de Charlie hebdo.
L'information nous est parvenue en deux temps: d'abord par le chauffeur de taxi qui nous sort de l'aéroport de Buenos Aires sans pouvoir nous donner d'autres détails qu'il y a eu un attentat en France. Puis en téléphonant à Paris depuis l'hôtel. Consternés, abasourdis, incrédules, nous entendons égrener les noms connus des victimes de cet attentat qui de toute évidence est un attentat politique et qui de suite me semble du même niveau d'importance mondiale que le 11 septembre.
Le temps va faire son œuvre mais pour le moment, 36h après, je me demande comment je vais pouvoir m'ôter de l'esprit cette terrible nouvelle.
C'est d'abord le chagrin immense de perdre abruptement l'ensemble de mes potes du mercredi midi, le papier plastique des éditions de la rotative que l'on déchire avec précipitation dans l'ascenseur pour apprécier l'impact qu'aura le dessin de la couverture jusqu'à la semaine d'après.
J'essaierai pendant le voyage de revenir sur chacun des membres disparus, sur le bien qu'ils me faisaient mais l'image qui me revient en premier c'est l'ami Cabu qui me fait rire depuis mon plus jeune âge, depuis Pilote au début des années 60, excusez du peu.
Mais c'est aussi une colère sourde qui m'agite politiquement parlant. Je trouve dérisoire et méprisable la tentative de récupération, il n'y a pas d'autres mots, qui consiste à demander l'unité nationale, quand ce sont les mêmes politiques irresponsables qui sont allés guerroyer dans le monde entier sous des prétextes fallacieux et qui ont allumé l'incendie qu'ils ne maîtrisent plus.
J'en veux beaucoup à tous ces journaleux, je n'ose pas employer le terme journalistes, qui passent leur temps à stigmatiser une partie de notre population, sans réaliser qu'ils favorisent le passage à l'acte chez les plus faibles. J'ai bien peur que la médiocrité de notre classe politique actuellement au pouvoir n'ait pas la capacité d'éteindre les braises sur lesquelles ils ont tant soufflé. En ce sens, cette terrible tragédie peut être aussi mal comprise que ce que G. Bush avait - mal - compris du 11 Septembre.
Ici, en Argentine, la couverture médiatique - les journaux du moins - semble avoir bien saisi les enjeux de cette catastrophe.